Sujet :

La technique peut-elle améliorer l’homme ?



Dissertation élève

 

            Il est généralement admis que la technique améliore l’homme puisqu’elle au fondement de ses conditions de vie.
Cependant, cette réponse peut être considérée comme assez matérialiste (la vie serait basée sur une production illimitée d’objets).
            N’y a-t-il pas d’autres formes d’amélioration que ce soit sur un plan corporel et bien sûr moral ? Cette question invite à tenir compte des relations que l’homme entretient avec la technique. Peut-on penser l’homme sans la technique ? Et , quelle part de l’homme la technique peut-elle modifier ?
L’homme malgré les apports techniques n’est-il pas resté le même ? La quête du bien ne doit-elle pas prévaloir sur l’aspect purement matériel de la technique ?
            Il s’agit ici de savoir si, dans le meilleur des cas, l’homme peut disposer de la technique pour s’élever ou s’il doit compter que sur ses propres forces intérieures ?
            L’enjeu de cette question est universel car il touche à la question même du Bien qui préoccupe tous les hommes.

            Nous considérerons l’homme comme un être qui tend de manière innée à devenir bon. Et, même si des disparités existent entre les hommes, s’il y a de profondes différences entre ceux qui cherchent à s’élever et ceux qui restent assez passifs, il n’en reste pas moins qu’ils sont toujours acteurs de leur vie et qu’ils tendent malgré tout, dans leur ensemble, à s’améliorer.

            Essayons de voir dans quelle mesure la technique contribue à améliorer l’homme ; à le faire progresser.
            L’homme a la faculté de réfléchir, d’imaginer et d’anticiper. La technique découle assez directement d’une prise de conscience par les hommes de tout ce qui peut leur être utile. Ce souci utilitaire, cette volonté d’améliorer son propre quotidien doivent donc être envisagés.
             A l’origine, rappelons que l’homme primitif, l’homme dit sauvage ne pouvait pas vraiment s’améliorer car tout son temps était consacré à sa survie. Sa condition apparaissait comme immuable.  Avec le développement de la technique, l’homme mesure l’étendue de sa pensée et cherche à mieux vivre.
             L’homme primitif est entièrement dépendant de la nature. Mais c’est grâce à ses inventions techniques que l’homme se crée un milieu de vie plus favorable. Il entreprend de cultiver, il se met à édifier des cités. Par là même, les hommes font passer la technique au tout premier plan car ils la maîtrisent (ils deviennent moins dépendants de la nature).      
            La technique et l’homme entretiennent donc des relations très étroites. Il y a là une sorte de réciprocité dans le développement : la technique dérive de la pensée des hommes et la technique permet aux hommes de penser, de se projeter ; de mettre leur existence en perspective. En fait, la technique représente un ensemble d’outils permettant d’améliorer les conditions de vie des hommes.

             De plus, on peut considérer que la technique améliore incontestablement la qualité de vie de l’homme. L’espérance de vie moyenne d’un homme est, aujourd’hui, très élevée par rapport à celle de ses ancêtres. La médecine avec ses technologies de plus en plus sophistiquées à gagner en efficacité. Elle guérit mieux.
             Parallèlement, la technique par le biais de l’art peut contribuer au développement non seulement individuel mais social. Prenons, par exemple, la musique qui dès l’origine a participé au développement des civilisations. L’homme musicien par son travail, trouve dans la musique épanouissement et confiance en soi. Il y découvre un plaisir de faire, quelque chose d’approfondi et qu’il peut partager. Sans la technique, il ne pourrait y avoir d’instruments de musique ; l’art ne serait pas concevable. La voix semble faire exception mais n’est-ce pas le premier instrument de musique et le plus naturel aux hommes ?

 

            Au terme de ce premier point de vue, nous pouvons dire que la technique a été de tout temps un vecteur de progrès.
            Mais peut-on pour autant réduire l’homme à ses conditions matérielles de vie ? L’homme moderne est-il plus disposé à s’améliorer que l’homme vivant dans un relatif dénuement ? Si la technique renvoie à l’infinie diversité des outils, l’homme échappe d’une certaine manière au monde des choses.

            Voyons comment l’homme reste foncièrement le même malgré l’évolution des techniques. Essayons de voir comment il trace son propre chemin indépendamment des technologies de l’époque.
            La technique se modifie sans cesse. Cependant, même si nous tenons compte de l’essor des techniques, l’homme ne semble pas toutefois avoir changé : ses questions, son but, sa nature restent les mêmes. La pertinence des propos tenus par Sénèque, dans La vie heureuse en témoigne. Les questions que se pose l’auteur au sujet des désirs ou de la volupté, de la vertu ou du bonheur ne diffèrent pas des questions des hommes d’aujourd’hui. Elles reflètent les mêmes incertitudes dans leur parcours vers le Bien. Les préoccupations des hommes restent les mêmes car ce sont des préoccupations majeures. Aussi nous pouvons dire que l’homme est moralement le même, indépendamment du contexte technique d’une époque.
            Si donc la technique ne fournit aucune aide dans la recherche du Bien moral, qu’est-ce qui fait alors que les hommes s’en préoccupent (ou ne le recherchent pas) ?
            L’homme n’est pas naturellement bon, mais il a conscience du bien. S’il ne possède pas en lui le Bien, il a cependant en lui toutes les ressources pour effectuer un travail sur lui-même : la volonté, l’entendement, l’imagination. Dans cette recherche la technique est en fait indépendante. Et, ce qui divise les hommes dans cette quête du Bien ce n’est pas tant la technique que l’usage qu’ils font de l’entendement. L’homme n’envisage pas de créer ou d’utiliser un outil pour accéder au Bien mais c’est lui, et lui seul, qui décide par son entendement de ses choix et de la conduite qu’il doit tenir vis-à-vis de lui-même.
            L’homme qui veut faire son chemin selon des principes droits, solidement établis, est à même de le faire seul sans faire appel à la technique (toujours particulière et représentative d’une époque).

            L’homme, parce qu’il est conscient du Bien, voit au-delà de son imperfection naturelle, grâce à son imagination et tend à s’élever vers ce concept.
            L’homme dispose de facultés suffisantes. A lui de les mettre en œuvre pour se rendre plus vertueux. Cette démarche traduit à elle seule toute la grandeur de l’homme qui n’est pas parfait, mais bien plutôt perfectible et qui en fait un être d’exception.

            Incontestablement, la technique est susceptible d’améliorer les conditions de vie de l’homme mais elle ne peut pas directement améliorer l’homme car il reste le seul acteur de ses actes, libre de ses propres choix ; libre de choisir de devenir meilleur ou non.
           Cependant on ne peut pas prévoir vers quelles technologies l’homme va se tourner. Actuellement, certaines pratiques médicales pourraient remettre en question bien des idées philosophiques, en particulier avec le progrès de la génétique et les interventions sur le génome humain. La génétique peut, en effet, modifier la nature de l’homme. Mais modifier ne veut pas dire améliorer. Ceci génère de nouvelles questions bioéthiques.
             L’homme peut-il enfin dans un souci d’amélioration accepter moralement de modifier d’autres hommes qui, par nature, ont la même condition que lui ? Si l’on peut génétiquement améliorer l’homme, cela ne remettra-t-il pas en cause l’unité même des hommes ? Enfin, au moment où le monde des hommes est déjà ébranlé par les guerres, marqué par les préjugés ou les divergences d’opinion quel serait l’impact d’une disparité de nature entre les hommes ? Pourra-t-on vraiment parler d’amélioration ?


C.B TS