L

’ argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance. […] Bien plus qu’il ne paraît “se faire”, l’homme semble “être fait” par le climat et la terre, la race et la classe, la langue, l’histoire de la collectivité dont il fait partie, l’hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les grands et les petits évènements de sa vie.

Cet argument n’a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine. [ …] C’est qu’il convient ici de faire des distinctions ; beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses, en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est-à-dire par la position préalable d’une fin, que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher, qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage. En lui-même […] il est neutre, c’est-à-dire qu’il attend d’être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire ou comme auxilliaire.

 

Jean-Paul Sartre.

 

 

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