A

u nombre des choses qui peuvent porter un penseur au désespoir, il faut compter le fait de reconnaître que l’illogique est nécessaire aux hommes et que de l’illogique prend naissance beaucoup de bien. L’illogique est si solidement ancré dans les passions, dans le langage, dans l’art, dans la religion, et généralement dans tout ce qui confère du prix à la vie que l’on ne peut l’en retirer sans porter ainsi à ces belles choses un incurable préjudice.

Seuls des hommes par trop naïfs peuvent croire que la nature humaine a la possibilité d’être changée en une nature purement logique ; mais s’il devait y avoir des degrés d’approche vers ce but, quelles pertes ne ferait-on pas sur ce chemin ! Même l’homme le plus raisonnable a besoin, de temps en temps, de retourner à la nature, c’est-à-dire à sa relation fondamentalement illogique avec toutes choses.

Nietzsche, Humain, trop humain, 1878 -1879.

 

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